Encore aujourd’hui, l’Eure-et-Loir peut faire figure de micro-climat politique. A une époque où les élus sont de plus en plus anonymes, et leur recrutement de plus en plus uniforme, ce département offre une variété de sensibilités et de tempéraments inhabituelle. Entre 1997 et 2002 par exemple, l’Eure-et-Loir, cas unique en France, avait 1 député socialiste, 1 verte et 1 radical de gauche, qui chacun s’appuyait sur une moitié d’élus divers gauche au moins.

 L’Eure-et-Loir n’aime pas les étiquettes politiques » disait en 1955 Maurice Viollette pour justifier son refus de déférer aux injonctions de la SFIO et du parti radical. On le doit en partie à la persistance d’un radicalisme aussi vieux que la République et qui peine à rendre les armes. Longtemps, ce radicalisme a été dominant et a empêché les grands partis de prendre racine. Cette petite république se disait radicale mais le radicalisme était en fait le nom qu’elle avait choisi de donner à son indépendance. A sa manière, elle se rattachait directement au grand courant républicain et démocratique, à la gauche, dont elle a suivi les grandes évolutions. Qu’y a-t-il de commun entre les élus radicaux d’aujourd’hui, les maires-bâtisseurs des trente glorieuses, les parlementaires de l’entre-deux-guerres, les notables de la Belle Epoque, les opposants à l’Empire de Napoléon III et les proscrits de 1848 ? Une continuité de combats militants et de liens personnels entre les générations qui se sont succédé à l’ombre de la rue des Changes, au pied de la cathédrale de Chartres, dans l’immeuble qui abritait en 1885 le journal « Le Progrès » et qui abrite encore la fédération radicale d’Eure-et-Loir. Car le parti républicain a eu ses rituels, comme le banquet Marceau depuis 1869, ses figures et ses symboles, comme Jean Moulin. Mais il a surtout eu ses réseaux, ses militants et ses leaders, qui ont écrit ensemble la plus longue histoire politique du département.