« Tenir un discours équilibré entre le contrôle des flux migratoires et le respect de la personne humaine, entre le réalisme et la dignité »

Intervention lors du débat sur la loi Chevènement relative à l’entrée et au séjour des étrangers (révision des lois Pasqua-Debré)

Assemblée Nationale, 3ème séance du 4 décembre 1997.

M.François Huwart :

"Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Les radicaux-socialistes jugent la démarche du gouvernement nécessaire et courageuse.

Nécessaire car le débat sur l’immigration est depuis des années un débat permanent dans notre pays, probablement le pire des débats, où s’enchevêtrent racisme, xénophobie, calculs électoraux traduits dans des lois de circonstance, où les étrangers sont pris en otage, qu’ils soient en règle ou non, transformés en boucs émissaires de nos peurs et des effets d’une mutation économique que nous maîtrisons mal. Bref, c’est un débat de la pire espèce qui menace nos valeurs républicaines et la démocratie même.

De ce débat qui n’a que trop duré et dans lequel on se complaît, vous voulez que l’on sorte rapidement. En sortir est en effet le préalable indispensable à une vraie politique d’intégration qui reste le seul objectif républicain digne de ce nom. L’intégration n’est pas seulement une affaire de textes ; c’est aussi une affaire d’état d’esprit et l’esprit public à ce sujet doit être changé. Pour cela, il faut tenir un discours équilibré entre le contrôle des flux migratoires et le respect de la personne humaine, entre le réalisme et la dignité.

C’est une voie difficile, d’autant que des arrières-pensées politiques et électorales sont alimentées par la présence pesante de l’extrême-droite dans une société en difficulté sociale et économique.

C’est pourtant la seule voie efficace. Opposer une politique d’ouverture à tous les vents et des papiers pour tous à une absolue fermeture sur soi ne mène qu’au renforcement de l’intolérance et des idées d’exclusion, et met en cause le pacte social et républicain que nous souhaitons tous.

Certains nous reprochent de continuer à graver dans le marbre des principes d’une générosité hors de saison ; d’autres trouvent que vous n’allez pas assez loin dans la remise en cause des lois antérieures. Votre démarche est en fait courageuse, ce qui ne serait pas suffisant si elle n’était aussi la seule efficace. Le bilan des lois Pasqua-Debré est mauvais. Globalement inefficaces, elles ont en outre placé le débat sur le terrain de prédilection du Front national, apportant la confirmation à certains Français qu’on pouvait adopter des solutions proposées par l’extrême-droite.

Monsieur le rapporteur- Très bien !

M.François Huwart-

Il faut au contraire trouver un équilibre entre la fermeté dans l’application des lois républicaines et la générosité qui doit nous conduire à respecter la dignité des personnes. Quand vous parlez de générosité, on vous taxe d’angélisme. Quand vous proposez des mesures réalistes de contrôle, on vous accuse d’ouvrir les frontières à une immigration déferlante. Le débat est parfois insupportable tant il est plein de procès d’intention et tout votre texte est déformé.

Nous avons entendu dire ce matin que l’opposition se souciait des intérêts de la France et que le gouvernement ne se souciait que des étrangers. Si ce propos n’était un propos de circonstance dans la bouche de ceux qui avaient d’ailleurs voté une loi de circonstance, il signifierait que nous avons décidément une conception différente de la France.

En fait, les choses ne sont toutes blanches ou toutes noires que dans le discours politicien. Votre texte est opportun, il est bon, il n’est pas laxiste et son application démentira les prophéties apocalyptiques d’une opposition qui ne sait pas saisir la chance de sortir de la dialectique infernale dans laquelle elle s’enferme avec le Front National. Si de cette dialectique, la droite ne sait pas sortir (exclamations sur les bancs des groupes UDF et RPR), la gauche le fera pour elle !

Vous l’avez compris, Monsieur le ministre, les radicaux de gauche voteront votre texte. (applaudissements sur les bancs du groupe radical, citoyen, vert et du groupe socialiste)

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