« Pour une défense européenne ».

Editorial du journal mensuel du Parti Radical de Gauche, mars 1999.

Par François Huwart, député d’Eure-et-Loir.

Après cinq semaines de frappes aériennes sur la Serbie, l’activité diplomatique s’intensifie. Verra-t-on une solution politique mettre enfin un terme au martyre du peuple kosovar et lui permettre de rentrer chez lui sous la protection d’une force internationale ? Si tel était le cas, l’objectif d’exercer sur le régime serbe une pression militaire suffisante pour le ramener à la table des négociations, abandonnée à Rambouillet, serait atteint.

Mais à quel prix ? Comment accepter qu’une fois de plus la morale et la punition du crime doivent céder le pas aux concessions de la diplomatie et des règlements politiques ? Comment oublier la déportation et surtout le massacre du peuple kosovar ? Que penseront les opinions publiques si, couvert du sang des Kosovars, Milosevic rentre sans autre forme de procès dans un rôle reconnu d’interlocuteur ?

De cette affaire confuse au bilan finalement si contrasté, il faudra tirer des leçons morales, politiques et militaires. Morales et politiques ? Non, les démocraties n’ont pas été faibles et, toute proportion gardée, l’esprit de Munich ne l’a pas emporté. Mais leur stratégie, écartant d’emblée ne serait-ce que la menace d’une intervention terrestre, a sans doute incité le pouvoir serbe, pourtant sans illusion sur ses chances de victoire finale, à jouer cyniquement le coup de poker de l’élimination ethnique au Kosovo.

Fortes les démocraties ? Peut-être, mais pas à n’importe quel prix, pas au point de modifier le cours d’une guerre dont presque tout le prix aura été payé par les civils, qu’ils soient kosovars ou serbes. En dépit des affirmations bien compréhensibles des pays européens quant à leur rôle dans les décisions politiques ou militaires, l’Europe aura été une fois de plus dépendante de la logistique militaire américaine et par conséquent de sa diplomatie.

La nécessité est cette fois-ci criante de mettre en place aussi vite que possible une défense européenne tant la difficulté de nos forces à assumer ce genre de situation est patente. Très vite nous devrons, nous Français, nous poser la question de savoir pourquoi, sur près de 300.000 personnels d’active, nous ne sommes capables d’en projeter que quelques milliers sur un théâtre d’opérations, pourquoi nos avions de combat ne peuvent intervenir qu’après deux ravitaillements en vol assurés par les Américains. Bref, dans quelles conditions et à quel prix seront tirées, à l’occasion de la professionnalisation de nos armées, les leçons de ce conflit des Balkans.

La modernisation de nos forces déjà engagée par Alain Richard doit s’améliorer, et l’illusion que, dans un contexte d’après guerre froide, la politique de défense n’est pas une priorité, doit être combattue. Des choix budgétaires judicieux devront être faits pour que, dans le cadre d’une défense européenne, notre pays assume non seulement sa sécurité mais sa capacité d’intervention dans une situation comme celle que nous vivons.

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