« Cette négociation ne doit pas décider de la politique agricole européenne »

Interview au Parisien, le 9 novembre 2001.

Par François Huwart, secrétaire d’Etat au Commerce Extérieur.

Peu d’ONG et de mouvements antimondialistes seront présents. Le regrettez-vous ?

FH- Il est clair que le contexte international a pesé sur l’organisation de cette conférence. Certains pays, dont les Etats-Unis, ont d’ailleurs décidé de réduire de façon très importante leur délégation. Cela dit, la commission européenne s’est attachée à obtenir que la participation pacifique des ONG soit assurée. C’était à nos yeux l’essentiel. Le débat sur la mondialisation est tout à fait nécessaire.

L’agriculture sera l’un des dossiers chauds. Sur ce point, le texte qui sert de base de discussion vous satisfait-il ?

FH- L’inscription dans ce texte de la disparition des subventions à l’exportation n’est pas acceptable pour nous. Nous ne voulons pas que cette négociation décide de l’évolution de la politique agricole commune européenne fixée à Berlin, au travers de l’agenda 2000. En revanche, nous sommes satisfaits de voir que, dans ce texte, la spécificité de l’agriculture est préservée. On ne la banalise pas en en faisant un secteur soumis aux mêmes règles que l’industrie.

Y a-t-il d’autres points qui vous déplaisent ?

FH- Oui. Le texte doit être substantiellement amélioré sur trois autres thèmes : la dimension sociale de la mondialisation, l’environnement et l’accès aux médicaments essentiels.

La France monte au créneau sur ce thème. N’est-ce pas pour amadouer certains pays très touchés par le Sida qui aimeraient accéder au marché agricole européen ?

FH- Absolument pas. Il n’y a pas de marchandage de ce genre. Ce serait inacceptable à tous égards, à commencer sur le plan moral. On ne peut jouer avec un problème aussi grave que celui de la santé. L’enjeu est que l’OMC montre que les normes commerciales ne s’opposent pas aux exigences de la santé publique.

Qu’est-ce qui a changé depuis Seattle ?

FH- Le fait que l’avis des pays en développement soit devenu incontournable et que les Etats-Unis ne prennent plus systématiquement le contre-pied de l’Europe.

Votre pronostic sur cette conférence ?

FH- Cela ne va pas être facile. S’il est vrai que beaucoup de pays qui vont à Doha souhaitent un accord, beaucoup ne le souhaitent pas à n’importe quel prix. Les difficultés sont donc réelles, même si le texte qui sert de base de discussion prend désormais en compte la plupart des sujets et préoccupations de l’ensemble des pays membres de l’OMC.

Propos recueillis par Aline Gérard.

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